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⇒ Dans cet article, je présente le concept du Tiers-lieu (Third-space) comme une vision adoptable par l’Église.

Un article dans la continuité

Ce post est la quatrième publication autour de la thématique de l’Église.

  • Tout d’abord je propose une définition de l’Église (voir le post L’Église, une dynamique millénaire) comme étant un rassemblement de personnes en mouvement. Des personnes qui répondent à l’appel de Dieu à se rassembler pour discuter des implications de la foi dans leur quotidien puis qui retournent dans leur environnement dotés d’un nouveau regard. 

  • Dans un second article, L’Église en pleine guerre de l’attention, je souligne la prise en otage de l’Église et sa participation de facto à la guerre des sollicitations qui règne dans notre société. Une participation tout en nuance car l’Église ne recherche pas son profits, mais vise la réussite de celles et ceux qui en font partie. 

  • Enfin dans le post L’Église tiers-lieu, je développe une stratégie de dynamique ecclésiale à partir du concept du tiers-lieu. Le tiers-lieu étant un espace distinct du domicile et du lieu de travail où l’on peut être pleinement soi-même. Un lieu de rassemblement hors du quotidien où l’on échange et où l’on se ressource avant de rentrer à son domicile.

Dans cette publication, je propose d’explorer la vision de Starbucks et d’en tirer quelques enseignements pratiques pour l’Église. En effet, cette entreprise a développé sa stratégie autour du concept de tiers-lieu. 

église starbucks

L’expérience Starbucks

Il peut être surprenant de mentionner un modèle économique comme celui de Starbucks pour parler de l’Église.  Car cette entreprise vise le profit. Elle participe pleinement à la guerre de l’attention que se livrent les acteurs économiques.

Le modèle Starbucks est cependant une source d’inspiration. Tout n’est pas à prendre, mais certains principes oui. Gardons également en mémoire que notre finalité n’est pas mercantile mais consiste à soutenir le développement personnel et spirituel des personnes. 

Le défi de la crise du Covid-19

Le concept de départ pour Starbucks était d’offrir des lieu de ressourcement et d’échanges autour d’un café. Ces tiers-lieux étaient sensés s’incarner dans ses établissements. Aujourd’hui, ce concept est mis à mal. En ces temps de pandémie durant lequel le confinement, le pass sanitaire, la distanciation sociale sont les nouvelles normes, les tiers-lieu se trouvent face au défi de se réinventer.

Si on ne peut plus se réunir librement dans un café, où vais-je trouver un lieu de ressourcement et d’interactions en buvant mon café ?

Réactif, Starbucks a révisé en été 2020 sa concept phare du tiers-lieu. Dans sa lettre aux actionnaires, le CEO y tire la conclusion suivante :

« Peu importe le format, nous savons que l’expérience Starbucks tiers-lieu se produit à partir du moment où un client envisage son expérience Starbucks quotidienne jusqu’à l’endroit où il apprécie cette boisson Starbucks ». 

Ce n’est donc plus uniquement l’espace physique qui est considéré comme le tiers-lieu, mais toute l’expérience qui est liée. De la première pensée (envie, désir), jusqu’à la satisfaction (plaisir)  du besoin, tout est une expérience liée à ce tiers-lieu. (plus d’infos ici)

Starbucks église tiers-lieu

Starbucks tente une triple transition

 

  1. Transformer tout lieu où tu bois ton café en un « espace-tiers-lieu » patenté Starbucks.
  2. C’est le plaisir et les interactions autour du café Starbucks qui créent l’expérience tiers-lieu et non l’emplacement.
  3. Transformer le tiers-lieu, espace physique en un espace symbolique.

Starbucks prend donc le risque, à moyen-long terme, de ne devenir qu’une marque de consommation parmi tant d’autres et de perdre cette expérience dite du tiers-lieu. Pour pérenniser cet attachement à l’expérience Starbucks, vécue hors de ses propres murs, cette société devra trouver le moyen d’accompagner de sa présence les conversations et la consommation de son produit.

Est-ce que Starbucks a le choix ? Oui. Elle a le choix d’attendre pour voir comment les choses évoluent et adapter sa stratégie de relance. Elle peut également prendre les devant pour s’adapter à cette nouvelle situation. Et c’est le pari qu’elle a fait. Dans ce monde en constant changement, bien plus encore dans cette crise sanitaire, Starbucks a sur réagir très rapidement en sortant de sa zone de confort. Ses dirigeants ont eu le courage de donner une nouvelle dimension au concept fondateur de leur succès. Cette nouvelle dimension offre une perspective rafraichie à leur offre.

À terme, c’est la tasse de café, elle-même, qui sera créatrice de tiers-lieu.

Leçons à en tirer pour l’Église

Avant toute chose et une fois de plus, je rappelle que la foi n’est pas un produit mercantile sur lequel nous tirons un gain financier. Mais nous pouvons faire des rapprochements entre l’expérience de Starbucks et celle de l’Église.

Tout comme Starbucks est incarné dans ses établissements, de même l’Église est trop souvent perçue comme se limitant aux bâtiments et à des espaces clairement définis. C’est là, dans ces lieux, que nous proposons à notre communauté de vivre l’expérience « authentique » de la foi chrétienne. Dans la continuité, et parce que Jésus nous fait la promesse de sa présence là où deux ou trois sont rassemblés, nous organisons des rencontres de partage dans les foyers. Ces espaces peuvent également être considérés comme tiers-lieu. 

Que pouvons-nous apprendre de l’expérience Starbucks ? Et bien, déjà redéfinir ce qui nous rassemble à l’Église. Pour être un brin provocateur, je dirais que ce n’est ni le bâtiment, ni la Bible, ni le programme, ni le pasteur, ni Jésus, ni Dieu… mais notre foi commune en Dieu. 

Nous venons à l’Église pour vivre une expérience de foi en Dieu.

Nous pourrons y parler de Jésus, profiter d’une réflexion, chanter, prier, vivre la communauté certes ! Mais ce qui nous rassemble c’est notre foi commune en Dieu. Le tiers-lieu « Église » accueille des personnes de tout horizons pour échanger. Qu’importe la couleur et le goût de notre café, qu’importe la sensibilité et la spécificité de notre foi en Dieu, nous y sommes accueillis pour nous retrouver et pour échanger autour d’un café, autour de notre foi chrétienne.

Si la foi commune est l’élément rassembleur, les leaders des Églises se trouvent mis au défi d’accompagner « l’expérience de foi » de ses membres. Tout un défi. 

starbucks tiers-lieu église

Bien plus qu’un bâtiment, une expérience

Pour suivre la stratégie Starbucks, le but d’une Église est celui d’accompagner le croyant du moment où il envisage de vivre une expérience de foi jusqu’à l’endroit où il va apprécier son expérience de foi.

Bien plus que se limiter au culte du dimanche matin, le défi est d’offrir un cadre flexible qui permette au croyant de créer de nouveaux tiers-lieu, là où il se trouve, juste pour le temps de la rencontre.

Dans cette dynamique, le défi consiste à offrir une expérience de foi « à l’emporter » et « à consommer » là où c’est le mieux adapté à la personne.  Une expérience de foi sur mesure, flexible et éphémère. 

Bien que Starbucks continue à offrir des tiers-lieu « sous contrôle », c’est à dire qu’il maîtrise l’ensemble des paramètres entourant l’expérience du café. Starbucks fait confiance à ses consommateurs pour définir des tiers-lieu qui leur conviennent. Pour les responsables d’une communauté ecclésiale c’est un défi important. Continuer à offrir des lieux de rassemblements tout en offrant, de manière intentionnelle, les moyens à chaques croyants de partager son expérience de foi là où elles le désirent.

Pour aller un peu plus loin dans la réflexion, je vous invite à lire cet article sur le site freshexpressionsus.org. Un élément intéressant souligné par l’article est l’évolution de la place de l’Église dans la société. First, Second and Third place are Changing – and so Will our Ministry in them. Kriss Beckert

Pistes d’actions

L’idée n’est pas de tout chambouler. Le tiers-lieu s’inscrit clairement dans l’objectif de discuter. La question qui survient alors est :

quels sont ces espaces de discussions qui sont actuellement offert ?

Le culte, dans sa forme actuel, pour autant qu’il soit suivi d’un espace de discussion, peut tout à fait correspondre à un modèle de tiers-lieu.

Le tiers-lieu par excellence est celui des groupes de maison. Mais cela pourrait tout aussi être au parc, en randonnée, au travail, au fitness, dans la voiture, sur les réseaux sociaux, dans des conférences, à l’église, à l’école et j’en passe. Le café après le culte, en est un autre.

Posons-nous la question : Durant la semaine, quels sont ces espaces, organisés par l’Église, qui répondent aux critères du tiers-lieu ? En bref, un espace de discussion, accueillant, libre d’accès et garantit sans engagement.

Qu’en est-il également de la présence sur les réseaux sociaux d’une présence intentionnelle en ce sens de l’Église ? Quels espaces de discussion offre-t-elle pour les membres de sa communauté ? Environ 50% de la population est active sur les réseaux sociaux. Soit une personne sur deux seulement ! De plus, il faut s’imaginer que les réseaux sociaux ne remplacent pas les relations en chaire et en os. Par contre, cela les renforce !

Plus encore, dans son souci à offrir un service désintéressé à la société et sans aucune intention prosélyte (sinon ce serait un espace d’évangélisation et ne remplirait plus les critères du tiers-lieu), une paroisse peut réfléchir à quel type d’espace pourrait correspondre à des besoins d’interactions, de discussions et d’échanges pour un certain « type » de personnes. Par exemple : les réfugiés, les personnes seules, les maman, les jeunes, les geeks, les artistes, les philosophes, etc. de votre ville ou de votre village, ont-ils un lieu de rencontre ? Si non, et s’il y a un véritable besoin ressenti, quel cadre une paroisse pourrait-elle offrir ?

Il va de soi qu’une paroisse ne peut pas multiplier ces espaces à l’infini. Par manque de place mais surtout par manque de temps de ses ministres. 

Comment accompagner ses membres à la création spontanée de tiers-lieu éphémères  ?

Comment faire de chaque croyant un créateur de tiers-lieu ?

Ils doivent se sentir personnellement concernés, passionnés, pour la thématique du tiers-lieu qu’ils organiseront. Ils seront engagés dans la conversation, au même titre que les autres, parce qu’ils sont concernés par le sujet.

Dès lors, ils ne seront plus actifs au service d’un système qui a besoin de leur aide pour fonctionner. Mais ils seront les initiateurs d’espaces-rencontres taillés sur mesure pour eux et pour ceux qui leurs ressemblent. Qui se ressemble s’assemble !

Penser de cette manière la communauté, implique de la confiance et du lâcher prise sur un bon nombre de personnes et d’activités. Le lien à l’Église doit ainsi être repensé. Il ne doit pas être contrôlant mais il doit inclure de la redevabilité. Tout est une question délicate de dosage sur-mesure.

Mais si l’on veut, sortir de nos murs et offrir aux membres d’initier leur propre expérience de partage autour de la foi dans un tiers lieu éphémère, sur-mesure, spontané, avec leurs propres réseaux, il faut que l’Église donne aux croyants les moyens d’y parvenir.

église starbucks

Quatre axes de réflexion inspirés de Starbucks

 

  1. Utiliser le bon canal de communication pour nourrir leur foi personnelle. Prédication, méditation, journal, étude biblique sont de nombreux moyens couramment utilisé. La question étant : Quels sont les outils de communication dont les membres sont les plus à l’aise d’utilisation ?
  1. Soyons pertinent. Pour qu’une discussion démarre, il faut qu’ils se sentent concernés par la thématique. Autrement dit, cherchons les thématiques de société, cherchons les sujets de préoccupation de la population, suivons l’actualité et donnons à ces sujets un éclairage chrétien.
  1. Engager et participer à la discussion. Est-ce que notre manière de communiquer ouvre la porte à la discussion ? Ou est-ce que nous transmettons une information « unilatérale » sans donner la possibilité de répondre ? La manière dont on présente une thématique influencera grandement cela. Prenons l’exemple de la prédication, il est de notoriété qu’elle doit déboucher sur une application concrète. Ne devrait-elle pas plutôt déclencher, alimenter une discussion ? Pour aller plus loin, la prédication ne pourrait-elle pas être la synthèse de discussions ayant eu lieu durant les jours précédents ?
  1. Offrir un espace de discussion – tiers-lieu modèle. Si discussion, nous voulons qu’il y ait, il nous faut offrir un lieu sécure  et respectueux de chacun. Un tiers-lieu en fait. Il peut prendre de nombreuses forme. En montrant l’exemple, nous inspirerons la création de tiers-lieu spontané par les membres eux-mêmes à l’image de l’expérience Starbuck. Les réseaux sociaux peuvent être un moyen, commenter un article de blog également. Mais l’ont peut aussi créer un sondage, demander un témoignage, demander des avis par mail, de vive-voix. Discuter de manière informelle. En bref, faire d’une thématique un sujet de discussion pour un temps.

En conclusion

La stratégie Starbucks est véritablement inspirante. Sans être révolutionnaire elle invite l’Église à repenser ses priorités et ses manières de faire. Le but ? Demeurer pertinente dans notre société actuelle pour offrir à chacune et à chacun l’opportunité de vivre et de développer sa spiritualité, sa relation à Dieu.

Le défi consistant à offrir une expérience de foi « à l’emporter » et « à consommer » là où c’est le mieux adapté à la personne.

Une expérience de foi sur mesure, flexible et éphémère. 

Philippe Cavin - à propos

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